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Les Refuges d'Art d'Andy Goldsworthy à Digne-les-Bains

31 août 2026 · 5 min de lecture
un cairn ovoïde de pierre sèche au bord d'un chemin de montagne, sans mortier apparent, entouré de marnes noires et de garrigue

Les Refuges d’Art sont un itinéraire de randonnée de 150 kilomètres dans la Réserve naturelle géologique de Haute-Provence, jalonné d’œuvres que l’artiste britannique Andy Goldsworthy a construites entre 1999 et 2008 autour de Digne-les-Bains. Trois cairns de pierre sèche, sept bâtiments ruraux restaurés, un mur d’argile au musée Gassendi. On ne visite pas ce parcours. On le marche.

Ce que le projet propose concrètement

Le circuit relie dix étapes réparties sur trois vallées, l’Asse, le Bès et le Vançon. Chacune porte une œuvre différente et une date de construction précise, du premier cairn en 1999 au dernier refuge livré en 2008.

ÉtapeCommuneType d’œuvreAnnée
River of EarthDigne-les-Bains, musée GassendiMur d’argile1999
Sentinelle, vallée du BèsBarlesCairn de pierre sèche1999
Sentinelle, vallée du VançonAuthonCairn de pierre sèche2000
Sentinelle, vallée de l’AsseTartonneCairn de pierre sèche2001
Refuge, chapelle Sainte-MadeleineThoardBâti restauré2002
Refuge, thermesDigne-les-BainsBâti restauré2002
Refuge, ferme BelonDraixBâti restauré2003
Refuge, col de l’EscuichièreLe BrusquetBâti restauré2004
Refuge, Vieil EsclangonLa JavieBâti restauré2005
Refuge, La ForestSaint-GeniezBâti restauré2008

Les trois Sentinelles sont des cairns ovoïdes en pierre sèche, montés au bord de routes de montagne, sans mortier. Les sept refuges occupent d’anciens bâtiments agricoles ou religieux à l’abandon, remis debout puis équipés d’une œuvre conçue pour l’endroit : une chapelle, une ferme, un ancien poste thermal. Chaque refuge fait aussi office de gîte : on peut y passer la nuit pour 6 euros, tandis que les gîtes d’étape classiques du parcours, comme celui de Thoard ou de Saint-Geniez, se louent entre 20 et 85 euros selon le confort. Le parcours complet se marche en huit à dix jours, avec des étapes d’une quinzaine de kilomètres et un dénivelé qui ne dépasse guère 900 mètres par jour.

Le point de départ est le musée Gassendi, à Digne-les-Bains, que le projet désigne lui-même comme son « camp de base ». C’est là qu’est exposé River of Earth, un mur d’argile de plus de 50 m² construit en 1999. La première pièce du parcours, et la seule qu’on voit sans marcher. Le musée montre aussi les dessins préparatoires de Goldsworthy et des photographies du Cairn de Digne, l’œuvre éphémère qui a précédé le projet.

Ce que ça vaut

Les avis rejoignent presque tous le même constat : les œuvres se méritent. Personne ne tombe dessus par hasard. Il faut marcher plusieurs heures pour atteindre un refuge ou un cairn isolé au fond d’une vallée, et cette distance fait partie de l’expérience plutôt que de la gâcher. Un randonneur ayant fait la boucle de la chapelle Saint-Pancrace, une variante courte de deux à trois heures avec 250 mètres de dénivelé, décrit une découverte qui invite à la contemplation. D’autres soulignent surtout la rareté du geste. Nulle part ailleurs un artiste n’a autant construit dans un même territoire, ce qui vaut à la région de Digne la plus grande concentration d’œuvres de Goldsworthy au monde.

Le revers, c’est justement cette dispersion. Sans plusieurs jours devant soi, on ne voit qu’une fraction du parcours. Les refuges les plus reculés, ceux du Brusquet ou de Draix, demandent une vraie logistique de randonnée itinérante : portage, réservation des étapes, transferts parfois nécessaires en taxi entre deux tronçons. Un visiteur pressé qui espère « faire » les Refuges d’Art en une journée depuis Digne n’en verra qu’un ou deux. Il manquera le propos même du projet, qui est de suivre un fil sur 150 kilomètres, pas de cocher une case.

Autre point à vérifier avant de partir : le musée Gassendi, point de départ officiel du circuit et lieu d’exposition de River of Earth, a fermé ses portes le 22 décembre 2025 pour un chantier de rénovation prévu sur dix-huit mois. La collection Art en montagne reste accessible pendant les travaux, mais River of Earth, exposée à l’intérieur du bâtiment, ne l’est pas tant que le musée n’a pas rouvert.

Comment on organise sa visite

  1. Choisir un format. Le parcours intégral prend huit à dix jours de marche. Des boucles courtes, comme celle de la chapelle Saint-Pancrace, donnent une ou deux œuvres en une demi-journée depuis Digne-les-Bains.
  2. Réserver les étapes. Les nuitées en refuge d’art coûtent 6 euros par personne, celles en gîte d’étape de 20 à 85 euros. Les réservations passent par le site refugedart.fr, en lien avec le musée Gassendi.
  3. Se procurer la carte. Une carte IGN au 1/30 000e dédiée au parcours est vendue à la boutique du musée Gassendi, avec le tracé et les distances entre étapes.
  4. Choisir la saison. Le printemps et l’automne offrent des températures plus supportables que l’été et une lumière plus favorable ; certains refuges ferment l’hiver.
  5. Passer par le musée Gassendi, quand il aura rouvert, pour voir River of Earth avant de partir sur le terrain, ou à défaut consulter la collection Art en montagne qui reste ouverte pendant les travaux.

À quoi ça se compare

Les Refuges d’Art n’ont pas d’équivalent direct dans le land art français, mais deux comparaisons éclairent ce qui les distingue. Le Festival International des Jardins de Chaumont-sur-Loire présente lui aussi des œuvres en extérieur autour d’un même territoire, mais ce sont des jardins éphémères, renouvelés chaque saison, que l’on visite en une journée sur un site clos. À Digne, rien n’est temporaire ni concentré : les œuvres sont pérennes, dispersées sur 150 kilomètres, et se méritent à pied.

L’autre rapprochement va vers Richard Long, pour qui la marche elle-même est l’œuvre. Goldsworthy s’en distingue par le résultat : chez Long, la trace laissée dans le paysage s’efface souvent avec le temps ; à Digne, les cairns et les refuges sont construits pour durer, et le randonneur ne fait pas l’œuvre en marchant, il la découvre au bout de sa marche.

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