Richard Long, la marche comme œuvre
Qui est Richard Long
Richard Long est un sculpteur britannique né en 1945 à Bristol. Il est l’un des tout premiers artistes à avoir fait de la marche elle-même une œuvre, dès la fin des années 1960, et il reste aujourd’hui l’un des noms les plus associés au land art. Son geste fondateur tient en une photographie : une ligne tracée en aplatissant l’herbe d’un champ, sous ses propres pas.
Depuis, Long construit des cercles, des lignes et des spirales avec ce qu’il trouve sur son chemin (des pierres, de la boue, du bois flotté), aussi bien en pleine campagne anglaise que dans le désert du Sahara, en Islande ou en Australie. Une partie de ce travail entre ensuite dans les musées sous forme de sculptures de pierre posées au sol ou de peintures de boue appliquées directement sur les murs.
| Nom | Richard Julian Long |
| Naissance | 2 juin 1945, Bristol, Angleterre |
| Formation | West of England College of Art, puis Saint Martin’s School of Art à Londres |
| Discipline | sculpture, land art, art conceptuel, photographie |
| Récompense majeure | Turner Prize, 1989 |
| Vit et travaille | Bristol |
Une ligne dans l’herbe, en 1967
Étudiant à Saint Martin’s School of Art, Richard Long marche en 1967 dans un champ du Wiltshire, en Angleterre, en suivant toujours la même trajectoire jusqu’à ce que l’herbe couchée dessine une ligne visible. Il photographie le résultat et l’appelle A Line Made by Walking. L’œuvre elle-même n’est pas la photographie : c’est le geste, la marche répétée, dont l’image ne garde qu’une trace. Cette pièce est aujourd’hui considérée comme l’un des points de départ du land art et de l’art conceptuel, et elle circule encore régulièrement dans les grandes rétrospectives consacrées au mouvement.
Le principe posé cette année-là ne bougera plus : la marche comme forme d’art à part entière, sans qu’il soit besoin de rapporter un objet pour prouver qu’elle a eu lieu. Le land art trouve là l’un de ses gestes fondateurs, au même moment où d’autres artistes, aux États-Unis, s’attaquent au territoire à une tout autre échelle.
Le parcours, en quelques dates
- 1962-1965 : formation au West of England College of Art, à Bristol.
- 1966-1968 : étudiant à Saint Martin’s School of Art, à Londres, où il croise l’artiste Hamish Fulton, avec qui il partage une partie de sa démarche autour de la marche.
- 1967 : réalisation d’A Line Made by Walking, premier jalon reconnu de son travail.
- 1969 : premières œuvres de boue, avec une spirale tracée au sol d’une galerie de Düsseldorf à partir d’empreintes de bottes.
- 1976 : représente le Royaume-Uni à la Biennale de Venise.
- 1984, 1987, 1988 : trois sélections au Turner Prize, sans le remporter.
- 1986 : réalisation d’Un cercle en Bretagne, commande de l’État pour l’ouverture du parc de sculptures de Kerguéhennec.
- 1989 : remporte enfin le Turner Prize, pour White Water Line. Il reste le seul artiste sélectionné quatre fois pour ce prix.
- 2009 : rétrospective à la Tate Britain, à Londres, et reçoit le Praemium Imperiale, prix japonais qui récompense l’ensemble d’une carrière artistique.
- 2018 : anobli pour ses services rendus à l’art ; il porte depuis le titre de Sir.
- 2023 : reçoit le Wolf Prize en arts.
Des pierres, de la boue et des empreintes
Le travail de Richard Long tient dans quelques matériaux qui reviennent sans cesse : la pierre, la boue, l’eau, parfois la cendre d’un feu de camp. Il les assemble en formes simples, le cercle, la ligne, la spirale, l’ellipse, qu’il décrit lui-même comme un équilibre entre les motifs de la nature et la géométrie, une idée abstraite et humaine posée sur un terrain qui ne l’est pas.
Sur le terrain, ses cercles de pierre restent en général là où il les a montés, exposés au temps qui finit par les disperser. En galerie ou en musée, il reconstitue les mêmes formes avec des pierres transportées (de l’ardoise du Cornouailles, du schiste, du granit) ou il peint directement sur les murs avec de la boue prélevée dans une rivière, le plus souvent celle de l’Avon, près de chez lui. Il applique cette boue à la main, par empreintes de doigts ou de paumes, sans outil : un geste qu’il rapproche lui-même de la peinture rupestre.
Cette double vie de l’œuvre, éphémère dans le paysage, reconstituée en salle, est ce qui distingue Long d’un artiste qui se contenterait de documenter des marches. Pour comprendre ce que ces formes cherchent à dire une fois posées au sol d’un musée, savoir comment regarder une œuvre de land art aide davantage qu’un cartel.
Un cercle en Bretagne, au parc de Kerguéhennec
En France, Richard Long est visible en permanence au domaine de Kerguéhennec, dans le Morbihan. L’État lui commande en 1986 une œuvre pour l’ouverture du parc de sculptures, et Long réalise Un cercle en Bretagne : un cercle de pierres de schiste rouge, extraites à Saint-Just, assemblées au ras du sol dans un endroit relativement dégagé du domaine. L’œuvre ne cherche pas à se faire remarquer de loin : elle demande au visiteur de s’approcher pour la découvrir, presque cachée dans l’herbe.
Cette pièce reste l’une des œuvres les plus anciennes conservées dans un parc de sculptures en plein air français, et elle illustre bien la manière dont Long travaille en dehors du Royaume-Uni : reprendre une pierre locale, ici le schiste breton, pour composer une forme qui aurait pu naître n’importe où ailleurs dans le monde avec un autre matériau trouvé sur place.
Ce qu’il fait aujourd’hui
Richard Long a aujourd’hui 81 ans. Il vit et travaille toujours à Bristol, la ville où il est né, et continue de marcher et d’exposer. Son travail figure dans les collections permanentes de grands musées, dont la Tate à Londres et le MoMA à New York, et ses œuvres de pierre ou de boue tournent régulièrement dans des expositions personnelles chez des galeries comme Lisson Gallery à Londres ou Sperone Westwater à New York. Une rétrospective, « Richard Long : Time and Space », lui a été consacrée en 2015.
Pourquoi on associe son nom au land art
Avec Robert Smithson aux États-Unis, dont Spiral Jetty reste l’œuvre fondatrice du mouvement outre-Atlantique, Richard Long incarne la version britannique du land art : plus discrète, faite de marche et de matériaux naturels plutôt que de terrassements à grande échelle. Les deux artistes partagent la même décennie de naissance du mouvement, la fin des années 1960, mais des gestes presque opposés : l’un déplace des tonnes de roche au bulldozer, l’autre déplace des cailloux à la main, un par un, en suivant un chemin qu’il a parcouru à pied.